Assez plaisanté. Nous aborderons ici un sujet plus sérieux. On ne peut quand même pas sortir des inepties 24 heures sur 24, 30 jours sur 30, 365 jours par an. Aujourd’hui, sur un arrière-plan économique de crise, nous allons nous pencher sur un sujet délicat : la reconversion.

Si vous êtes chômeur ou en passe de le devenir, il va falloir vous reconvertir. Comment procéder ? Tout d’abord, faites l’inventaire de vos talents cachés.

Vous en avez bien un ou deux, comme tout le monde. Si vous n’en avez pas, ne vous en prenez qu’à vous même ; qu’est-ce-que vous avez glandé, pendant toutes ces années où vous faisiez semblant de travailler, hein ?

Je suis bonne fille, je veux bien vous donner un coup de main. Par exemple, savez-vous brouter de l’herbe dans un champ ? Oui, vous avez bien lu, je vous ai demandé si vous saviez brouter dans un champ ; ça ne vous plaît pas ? Vous trouvez ça dégradant de vous livrer à une activité de ruminant ? Allez vous faire voir ailleurs. Seuls ceux ou celles qui acceptent de tenter l’expérience sont autorisés à rester.

Donc, brouter est à la portée de tout le monde ; si vous n’avez pas de champ sous la main, faites-vous les dents sur les géraniums de votre voisine ou sur le ficus de votre belle-mère. Si vous n’avez pas de belle-mère, allez dans un cimetière voler un pot de chrysanthèmes.

Entraînez-vous à brouter votre ration quotidienne, puis deux fois votre ration quotidienne. Si vous avalez un verre de terre, n’en faites pas une montagne ; le ver de terre est une source de vitamines et d’oligos indispensables ; si vous arrivez à le régurgiter, faites-le mariner avec de l’huile et des oignons ou dégustez-le avec une sauce vinaigrette.
Après une ou deux semaines d’entraînement, vous serez fin prêt et pourrez passer à l’action. Il vous faut trouver un espace vert adéquat ; si vous vivez à la campagne, pas de problème. Si vous habitez en ville, à Paris par exemple, allez dans un parc ou un jardin, le Jardin des Plantes ou le Luxembourg.

Attendez que les gardiens aient le dos tourné. Allongez-vous sur le gazon, à plat ventre, et broutez discrètement la première ration ; puis broutez votre deuxième ration.

Une fois rentré chez vous, régurgitez la 2ème ration. Mettez-la sous cellophane et engrangez-la dans votre frigidaire.

Répétez cette opération jusqu’à ce que vous disposiez d’une quantité suffisante d’herbe régurgitée, dans les 400 ou 500 litres.

Il ne vous reste plus qu’à écouler votre marchandise. Etalée au pied des arbres, elle peut concurrencer n’importe quel engrais, écorce de pin, terreau ou autre. A vous de la marketiser auprès des pépiniéristes et jardineries.

Une fois que votre entreprise sera lancée, vous pourrez embaucher une équipe de brouteurs qui iront brouter à votre place. N’embauchez pas de quinquagénaires, ils portent tous des dentiers et leur capacité de mastication s’en trouve amoindrie. Employez-les au noir uniquement pour la mise sous cellophane.
